Occidentaux à yokohama en 1861

Histoire du Japon

Histoire résumée du Japon, pour mieux comprendre comment sa société et sa culture se sont formées et remettre en cause quelques stéréotypes. Les points de vue donnés sur tel ou tel évènement historique n’engagent que moi et sont ouverts à la discussion.

  1. De la préhistoire à l’histoire (jusqu’en 587)
  2. Le Japon antique (587-1192)
  3. Le Japon médiéval (1192-1600)
    3.1.Les shoguns, nouveaux maîtres du pays
    3.2.L’époque des samouraïs
    3.3.De l’anarchie généralisée au retour à l’unité (1477-1600)
  4. L’époque de Edo (1600-1868)
    4.1.Le gouvernement des nouveaux shoguns Tokugawa
    4.2.La fermeture à l’étranger
    4.3.Le Bakumatsu ou la fin des shoguns (1853-1868)
  5. L’époque Meiji ou la modernisation accélérée du Japon (1868-1912)
  6. D’une guerre mondiale à l’autre (1912-1945)
  7. Le Japon depuis 1945

De la préhistoire à l’histoire (jusqu’en 587)

Dogu Miyagi 1000 BCE 400 BCE

D’après la mythologie de la religion shinto, la première dynastie impériale japonaise se serait mise en place en – 660. Comme d’habitude il y a de grandes différences entre les mythes et la réalité historique. D’abord parce que le Japon avait déjà une histoire de plusieurs millénaires avant la fondation du premier état monarchique. Les débuts de l’occupation humaine dans ce pays sont assez récents : au plus tôt – 50 000. Ces premiers habitants étaient des chasseurs cueilleurs. A partir de -12000 /- 11 000 émerge la culture néolithique dite du Joomon, caractérisée par un habitat sédentaire dans de grands villages, la production de riches poteries décorées, de masques et de figurines. Les poteries du Joomon font d’ailleurs partie des plus anciennes du monde. Signe particulier : contrairement aux peuples néolithiques d’Europe qui sont passés en même temps à l’agriculture et à l’habitat sédentaire, les hommes du Joomon pratiquaient peu l’agriculture. L’écriture leur était aussi inconnue.

NB : la culture Joomon ne s’étendait pas sur tout le Japon : le nord du pays (Hokkaïdo et nord de Honshu) fut ainsi peuplé par les Aïnous à partir de – 2000.

A partir de – 400 fin de la période Joomon et début de la période dite Yayoi, sous l’impulsion de peuples venus du continent. Venus de Chine ou Corée, leur origine précise fait encore débat. Avec eux arrivent le développement de la riziculture, du travail des métaux… mais toujours pas d’écriture. Conséquence : les premières sources écrites sur le Japon sont chinoises et ne datent que du 3ème siècle. Les Chinois sont alors assez sévères avec leurs voisins, les décrivant comme des barbares vivant en tribus, ignorant l’écriture et se tatouant l’intégralité du corps. Mais un autre texte chinois de cette époque atteste d’échanges entre le royaume chinois de Wei et le royaume japonais de la reine Himiko. On ignore encore la localisation exacte de ce royaume mais il montre qu’existait déjà une organisation territoriale ayant dépassée le cadre de la simple tribu repliée sur elle-même. De même, la construction à partir du 3ème siècle de grands monuments funéraires dits kofuns destinés à abriter les dépouilles des grands chefs témoigne aussi d’une société de plus en plus complexe et hiérarchisée autour de grands clans. Le plus grand des kofuns, édifié dans la région de Osaka au 4ème siècle témoigne de la puissance du clan Soga de cette région qui après une lutte sanglante contre ses rivaux unifie le Japon et fonde la première dynastie impériale en 587.

NB : le Japon unifié de cette époque ne comprend ni l’île de Hokkaïdo au Nord ni l’archipel des Ryukyu au Sud. Ces 2 territoires ne seront annexés qu’au 19ème siècle.

Le Japon antique (587-1192)

Prince Shotoku

Les Soga goûtent peu de temps au pouvoir : ils sont en effet évincés par le clan Nakatomi dés 645. Mais cette nouvelle dynastie continue et renforce une politique de modernisation sur le modèle des voisins chinois et coréens  : bouddhisme religion officielle, constitution en dix-sept articles (604) faisant du bouddhisme et du confucianisme les éléments centraux de la culture politique, mise en place enfin de l’écriture par importation directe du système chinois, réforme de Taika (645-649) et code Taihoo (701) organisant les taxes et l’administration sur le modèle de la Chine, Nara nouvelle capitale fondée en 710 sur le modèle des capitales chinoises.

Le but est bien sûr d’affirmer la puissance et l’identité japonaises : une des appellations pour désigner l’empereur du Japon – Tenno – s’inspire directement du titre de l’empereur chinois pour bien marquer l’égalité de statut et les chroniques du Kojiki (712) et du Nihon Shoki (720) fondent quant à elles une histoire mythologique officielle du pays dans laquelle les empereurs descendent directement des dieux.

L’ère de Heian (794-1185) qui débute avec la fondation de la nouvelle capitale à Kyoto toujours sur le modèle des capitales chinoises  marque une sorte d’apogée culturelle du gouvernement impérial : création du système alphabétique des kanas affranchissant l’écriture des caractères uniquement chinois, rédaction au 11ème siècle du Dit du Genji, considéré comme un des premiers romans du monde, nouveau développement du bouddhisme avec la fondation de courants typiquement japonais comme le Shingon.
Âge d’or … en apparence car en même temps le pouvoir impérial s’affaiblit de plus en plus, d’une part au sein de la cour face à la grande famille aristocratique des Fujiwara qui parvient à quasi-diriger le pays pendant les périodes de régence et d’autre part face aux grands seigneurs régionaux qui développent leurs propres armées et administrations de plus en en plus indépendantes de l’autorité impériale. Les rivalités entre les grands clans aristocratiques pour le contrôle du trône impérial provoquent la guerre de Genpei (1180-1185) qui aboutit à la victoire du clan Minamoto.

Le Japon médiéval (1192-1600)

Les shoguns, nouveaux maîtres du pays

Minamoto no Sanetomo

Le chef du clan Minamoto est nommé par l’empereur en 1192 shogun (littéralement général en chef chargé de la pacification des barbares), un genre de généralissime ou de chef d’état-major. L’empereur et sa cour restent installés à Kyoto mais sans pouvoir réel : c’est le clan Minamoto qui dans les faits dirige le pays depuis Kamakura, au sud de l’actuelle Tokyo d’où il installe son propre gouvernement militaire.

Les shoguns Minamoto se trouvent confrontés en 1274 et 1281 aux tentatives d’invasions mongoles. Pas de chance pour ces fameux guerriers qui avaient conquis l’Eurasie jusqu’à la Hongrie : une grande partie de leur flotte est à chaque fois détruite par les typhons ce qui permet aux armées shogunales de repousser les survivants. On a donné à ces typhons providentiels le nom de kamikaze (神風) qui signifie littéralement vent des dieux.

Si les dieux ont décidés d’aider le Japon, ils ne favorisent pas le clan Minamoto : le coût des campagnes défensives contre les Mongols les rend en effet incapables de rémunérer leurs vassaux ce qui affaiblit progressivement leur autorité face à ces derniers. L’empereur Go Daigo en profite pour les chasser et restaurer l’autorité impériale en 1333. Pari réussi … pour 3 ans : dés 1336, il est à son tour évincé par un autre chef de guerre, Takauchi Ashikaga. Ce dernier va jusqu’à nommer un nouvel empereur rival de la dynastie impériale traditionnelle et installe à Kyoto une nouvelle dynastie de shoguns dont l’autorité va durer jusqu’au 15ème siècle.

L’époque des samouraïs

Cette époque d’effacement de l’autorité impériale devant celle de grands chefs de guerre a été celle de l’apparition et du développement des samouraïs : les grands clans militaires appuyaient en effet leur autorité sur des clientèles de grands seigneurs liés par fidélité personnelle, lesquels avaient aussi leur propre réseau de seigneurs vassaux etc. Bref des pyramides vassaliques de type féodal très proches de celles qui existaient en Europe à la même époque et dans lesquelles les samouraïs, guerriers au service personnel d’un seigneur plus puissant et spécialisés dans le combat au sabre et à cheval étaient l’équivalent des chevaliers.

Les samouraïs ne formaient pas une classe sociale homogène : à chaque niveau des pyramides vassaliques, des plus petits chefs locaux aux grands aristocrates servant directement les shoguns, tout seigneur était samouraï du seigneur plus important qu’il servait. De même, un paysan qui avait les moyens de se payer un cheval et un sabre pouvait se proclamer samouraï sans que personne puisse lui contester ce titre. Certains de ces paysans exerçaient d’ailleurs leur métier de samouraïs à temps partiel, travaillant leur terre quand leur seigneur n’avait pas besoin d’eux.

Les seigneurs devaient assurer à leurs vassaux samouraïs argent et terres en échange du service armé : si ils ne recevaient pas ces compensations, les samouraïs n’obéissaient plus à leur seigneur et/ou en changeaient. C’est la raison de l’affaiblissement et de l’effondrement de l’autorité des shoguns Minamoto.

Quant au comportement des samouraïs au combat, les chroniques japonaises de l’époque médiévale les décrivent capables de fuir, de se rendre et même de changer de camp : on est loin du stéréotype des valeureux guerriers habités par le courage, la fidélité et le dévouement jusqu’à la mort.

De l’anarchie généralisée au retour à l’unité (1477-1600)

A partir de 1477, le Japon entre dans une anarchie politique généralisée : les shoguns Ashikaga perdent leur autorité devant leurs vassaux qui eux-mêmes ne sont plus obéis de leurs propres vassaux etc. Les seigneurs locaux se livrent entre eux à des guerres sans fin. Certaines villes comme Osaka en viennent à s’administrer en quasi-indépendance et dans les campagnes les paysans s’organisent en ligues pour se défendre contre les pillages et violences. Au temps pour le stéréotype des Japonais qui seraient par tradition et par culture disciplinés et soumis à l’autorité !

Odanobunaga

Les choses changent à partir du 16ème siècle : 1542 est en effet l’année du débarquement des premiers marins portugais au Japon. Ils sont progressivement suivis par des missionnaires comme Saint François Xavier qui commence à répandre le christianisme à partir de 1549. Les commerçants portugais amènent de leur côté entre autres les armes à feu. C’est à l’aide de ces dernières que Oda Nobunaga, grand seigneur de la région de Nagoya, parvient à unifier par la force la plus grande partie du Japon. Il est assassiné en 1582 et c’est un de ses vassaux, Toyotomi Hideyoshi qui établit à son tour en 1590 son autorité militaire sur le pays. Trop gourmand, Hideyoshi tente en 1592 et 1597 d’envahir la Corée : échec total. Son décès brutal en 1598 laisse sa veuve impuissante face aux rivalités des vassaux. Suivent de nouvelles bagarres pour le pouvoir avant que Tokugama Ieyasu batte ses rivaux à la bataille de Sekigahara en 1600 et réunifie définitivement le pays.

L’époque de Edo (1600-1868)

Le gouvernement des nouveaux shoguns Tokugawa

Tokugawa Ieyasu2

L’empereur reste installé à Kyoto avec sa cour mais toujours sans vrai pouvoir, à part celui de valider la suprématie de Tokugawa nommé shogun. Ce dernier établit son gouvernement dans l’actuelle Tokyo appelée alors Edo, met fin définitivement aux guerres civiles et arrive à installer une nouvelle dynastie shogunale en adaptant les anciennes institutions féodales.

Les seigneurs les plus importants, vassaux directs du shogun doivent ainsi résider à Edo la moitié de l’année et y laisser leur famille l’autre moitié : méthode simple et efficace pour les surveiller en permanence.

Les samouraïs deviennent eux une caste héréditaire à qui le port du sabre est réservé. Mais pas plus qu’avant, ils ne forment un groupe social homogène : pour la plupart d’entre eux, la fin des guerres civiles signifie le reclassement dans des métiers civils de commerce et d’artisanat. Les moins chanceux connaissent une véritable misère les faisant parfois tomber dans le brigandage. La rédaction au 17ème siècle du Bushido, code d’honneur des samouraïs, était le reflet de la volonté de compenser ce déclassement social par un plus grand prestige.

La fermeture à l’étranger

Tokugawa et ses  successeurs mènent parallèlement dés la première moitié du 17ème siècle une politique de fermeture quasi-complète du Japon vis-à-vis de l’étranger : expulsion des commerçants et missionnaires Européens, interdiction et pour les Japonais de quitter le pays et pour les étrangers d’y entrer, limitation maximale du commerce avec l’étranger, interdiction et persécution du christianisme.

Cette méfiance vis-à-vis de l’étranger n’était pas propre à Tokugawa : Toyotomi avait déjà montré de l’hostilité vis-à-vis des chrétiens. Les shoguns craignaient-ils que l’arrivée des Européens soit le début d’une conquête militaire et d’un asservissement complet du Japon ? A la même époque, l’Amérique du Sud connaissait aussi une conquête brutale et le massacre d’une grande partie de ses habitants. Mais ça serait prêter des intentions bien humanitaires à des chefs de guerre qui pensaient d’abord à leur pouvoir personnel.

Le christianisme, avec ses tendances à l’exclusivité heurtait-il la mentalité religieuse japonaise très marquée par la coexistence voire le mélange entre les cultes shintoïstes et bouddhistes ? Peut-être mais ça n’a pas empêché cette religion de commencer à se développer et puis de là à y répondre par la fermeture brutale du pays ça fait beaucoup.

Le christianisme considérait la religion shinto comme fausse. Or d’après le shintoïsme les empereurs étaient descendants directs des dieux : les shoguns nommés par l’empereur en tiraient ainsi une grande légitimité. Un Japon devenu chrétien aurait donc signifié la fin de la légitimité du pouvoir impérial et shogunal. Voilà à mon avis l’origine de la fermeture du Japon à l’étranger par Tokugawa. C’est ce qui expliquerait pourquoi la grande révolte contre les Tokugawa dite de Shimabara qui eut lieu en 1637 à Kyushu fut surtout le fait de paysans chrétiens.

Cette fermeture du Japon fut quand même assez relative : des échanges commerciaux continuèrent en effet avec la Corée, la Chine et le royaume des îles Ryukyu, au sud du Japon. Surtout, la présence de commerçants hollandais resta tolérée sur l’îlot artificiel de Dejima au large de Nagasaki. Par leur intermédiaire, se fit jusqu’au 19ème siècle un important mouvement d’importation et de réutilisation des technologies occidentales : physique, chimie, médecine, chimie, mécanique… Ceci a pu contribuer à la nette croissance économique du Japon à cette époque : fondation d’un premier grand magasin de kimonos à Edo en 1673 et apparition des premières manufactures ouvrières dans la région de Osaka vers1820. Un médecin japonais aurait même réalisé en 1804 la première anesthésie générale au monde en mélangeant techniques chinoises traditionnelles et méthodes occidentales modernes. J’écris aurait car honnêtement j’ai beaucoup de mal à le croire.

Ne rêvons pas : la majorité de la population profita très peu, voire pas du tout de cet essor économique et des famines continuèrent à frapper le monde paysan lourdement taxé. La population de Edo, capitale de fait, augmenta jusqu’à atteindre le million d’habitant.

C’est aussi à l’époque de Edo qu’apparaît la profession de geisha.

A partir du début du 19ème siècle, les Français, Russes, Britanniques et Américains sont de plus en plus présents en Asie et dans le Pacifique. En 1853, une flotte de l’US Navy débarque en baie de Edo et exige l’ouverture du Japon au commerce avec les États-Unis : commence la période dite du Bakumatsu.

Le Bakumatsu ou la fin des shoguns (1853-1868)

Le shogun, effrayé par la puissance militaire des États-Unis, cède à leurs exigences. Dés 1854, des relations commerciales et diplomatiques sont ouvertes entre les deux pays et est signé en 1858 le traité d’amitié et de commerce Japon-États-Unis très favorable à ces derniers : ils obtiennent des taxes très faibles à l’importation et à l’exportation, la liberté pour leurs ressortissants de vivre dans certains ports et d’y être jugés selon les lois américaines devant des tribunaux spécifiques. D’autres grandes puissances occidentales (France, Grande-Bretagne, Russie) obtiennent rapidement la signature d’autres traités similaires. Le shogun est vite discrédité dans une grande partie de l’aristocratie pour sa faiblesse. En même temps l’ouverture brutale au commerce international avec la très forte hausse de la circulation monétaire qui en résulte entraîne une grosse inflation et avec elle hausse des prix, chômage, disette et appauvrissement, mouvements de révoltes, violences contre les étrangers.

American sailors in Japan 1859

En juin 1863, la décision du shogun de mettre fin aux relations avec les étrangers entraîne par représailles une série d’interventions militaires occidentales. Le shogun en sort d’autant plus discrédité pendant que les révoltes continuent et que opposants et partisans du shogun s’affrontent à Kyoto dans une quasi-guerre civile.  Sous la pression, le dernier shogun Tokugawa abandonne le pouvoir en novembre 1867 sans nommer de successeurs ce qui de fait restitue le pouvoir à l’empereur pour la première fois depuis plus de cinq siècles.

Mais les ennemis les plus acharnés du pouvoir impérial lancent une rébellion armée en janvier 1868 appelée guerre de Boshin. L’armée impériale reconquiert progressivement sur eux tout l’île de Honshu jusqu’en octobre 1868. Les partisans du shogun ne cèdent pas : ils gardent le contrôle de Hokkaïdo où ils fondent même le 25 décembre 1868 une république indépendante à la constitution imitée des États-Unis. C’est ce qui s’appelle avoir le moral : malgré l’aide militaire française, les forces impériales envahissent Hokkaïdo et battent définitivement les forces shogunales en juin 1869.

L’époque Meiji ou la modernisation accélérée du Japon (1868-1912)

Black and white photo of emperor Meiji of Japan in 1888

Avant la fin de la guerre de Boshin, le nouvel empereur Mutsu Hito déplace en 1868 la capitale de Kyoto à Edo rebaptisée Tokyo, nom qui signifie littéralement capitale de l’Est et met en place une politique de transformation et de modernisation complète du pays. Son règne a été ainsi appelé époque Meiji signifiant gouvernement éclairé.

Modernisation d’abord administrative : l’ancien ordre féodal est aboli par la légalisation de la propriété privée, la suppression et de la classe des samouraïs et des fiefs des grands seigneurs transformés en préfectures à la tête desquelles sont nommés leurs anciens propriétaires. Sont mis en place aussi le calendrier grégorien, un nouveau système éducatif à l’américaine, un système judiciaire, une nouvelle monnaie, une Banque centrale ….

Le gouvernement Meiji encourage aussi l’arrivée au Japon de techniciens occidentaux pour accélérer l’industrialisation : les premiers chemins de fer sont construits à partir de 1870 et 4 524 kms de voies ferrées sont en service en 1907.
Les activités sidérurgiques se développent aussi à vitesse accélérée : la production d’acier approche ainsi les 200 000 tonnes annuelles en 1910.

La constitution d’un régime démocratique ou au moins libéral à l’occidentale ne faisait pas partie au départ des objectifs de l’empereur. Il faut la pression du Mouvement pour la liberté et les droits du peuple avec des pétitions et manifestations pour que soit promulguée la Constitution de 1889. Et encore s’inspire-t-elle beaucoup de la constitution de l’Empire allemand de l’époque : gouvernement responsable uniquement devant l’empereur lequel en vertu du shintoïsme nouvelle religion d’état est considéré d’ascendance divine, parlement composé de deux chambres élues au suffrage masculin et restreint.

On comprend d’ailleurs pourquoi les femmes n’obtiennent pas le droit de vote quand on voit le nouveau code civil mis en place : la femme n’y a aucun pouvoir de décision dans le foyer et doit obéissance à son mari ainsi qu’à sa belle-famille. Bonjour le progrès.

A spy was beheading on the outskirts of Kaiyuan in Russo-Japanese War

La nouvelle puissance japonaise se révèle le mieux par la construction d’une nouvelle armée moderne à l’européenne et une politique extérieure de guerres et de conquêtes. Ça commence light par l’annexion en 1879 des îles Ryukyu jusque-là royaume vassal. En 1894-1895, première guerre contre la Chine aboutissant à l’invasion de la Corée, de la Mandchourie et à l’annexion de Taïwan. Problème : les Russes ont eux aussi des envies de conquête sur ces mêmes régions. Résultat : tension entre les deux pays aboutissant à la guerre russo-japonaise de 1904-1905 : la Russie battue reconnaît les conquêtes du Japon sur la Chine et doit lui céder l’île de Sakhaline au nord de Hokkaïdo. Le Japon en profite pour annexer la Corée en 1910.

Ce n’était pas la première fois qu’une race présumée inférieure battait une puissance occidentale présumée supérieure : l’Italie avait déjà été vaincue par l’Éthiopie en 1896 à Adoua. Mais la guerre russo-japonaise frappe l’opinion occidentale par l’ampleur des combats et par les moyens militaires navals les plus récents utilisés par le Japon qui bloque et coule la flotte russe à Port-Arthur. La victoire japonaise contribue à alimenter en Occident le fantasme dit du Péril jaune.

En 1914, la flotte militaire japonaise s’élève à 30 bâtiments contre 41 pour l’Allemagne, 15 pour l’Autriche-Hongrie, 19 pour l’Italie, 54 pour la France, 105 pour la Grande-Bretagne, 10 pour la Russie et 46 pour les États-Unis.

D’une guerre mondiale à l’autre (1912-1945)

L’ère Meiji prend fin en 1912 avec la mort de l’empereur Mutsu Hito. Deux ans après son successeur engage le Japon dans la Première Guerre Mondiale aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne contre l’Allemagne. La participation japonaise au conflit reste assez limitée et se limite à la conquête des possessions allemandes en Asie-Pacifique : région chinoise du Shandong, îles Carolines, Marshalls et Mariannes. A l’occasion de la guerre civile russe suivant la prise de pouvoir par les bolcheviks, le Japon occupe en 1918 Vladivostock et l’Est de la Sibérie.

Les années 20 sont marquées par de grands progrès vers la démocratie : suffrage universel masculin en 1925, vie politique donnant plus d’importance aux partis, fin de la politique d’assimilation culturelle forcée en Corée … qui se brisent nets sur la grande crise économique mondiale de 1929. Une grande partie du monde paysan et ouvrier plonge dans une véritable misère.

Pearl harbour

Cette crise économique et sociale favorise comme d’autres pays la montée d’un nationalisme agressif : pourquoi ne pas conquérir de nouveaux territoires en Asie pour y acquérir un accès direct à l’énergie et aux matières premières et y installer comme colons les Japonais victimes de la crise ?

Le 18 septembre 1931 a lieu dans la Mandchourie chinoise occupée depuis 1894 par le Japon l’incident de Moukden. Cette explosion d’une bombe attribuée à des rebelles chinois par les militaires japonais est en réalité un coup monté de leur part prétexte à une occupation complète de la Mandchourie transformée en 1932 en royaume indépendant du Mandchoukouo. En réalité un état fantoche à la tête duquel les militaires japonais placent Pu Yi, dernier héritier de la famille impériale chinoise.

Les protestations internationales ne manquent pas d’arriver : qu’à cela ne tienne, le Japon quitte la SDN – Société des Nations, l’équivalent de l’ONU à cette époque. Les nombreux militaires japonais massés à la frontière soviétique sont vus d’un bon œil par les nazis y voyant une bonne occasion de prendre l’URSS à revers en cas de conflit : rapprochement et tractations entre le Japon et l’Allemagne aboutissent à la signature entre les deux pays en novembre 1936 du pacte anti-Kominterm.

Nouvelle escalade dans la folie nationaliste japonaise en 1937 : le 7 juillet  un incident entre des soldats chinois et japonais à Pékin sert de prétexte à une attaque générale de la Chine. Pékin, Shangaï et les principales régions côtières chinoises sont envahies par l’armée japonaise qui s’y livre à de véritables atrocités sur les civils. Mais la résistance de l’armée chinoise et la taille du territoire font s’essouffler l’agression japonaise et s’enliser le conflit à partir de 1938. Les militaires japonais tournent alors leurs obsessions de conquêtes vers la Sibérie mais sont stoppés par les Soviétiques à Khalkhin Gol en 1939.

Nouvelle orientation vers le Sud : le Japon profite de la défaite française de juin 1940 pour envahir l’Indochine française en septembre. Le même mois, il rejoint officiellement l’alliance avec les grandes puissances fascistes par la constitution de l’Axe Tokyo-Rome-Berlin. Les États-Unis répondent aux agressions japonaises en Asie par un blocus économique en juillet 1941. En représailles, les militaires japonais attaquent et détruisent le 7 décembre 1941 la flotte américaine du Pacifique stationnée à Pearl Harbor près de Hawaï.

Le Japon a les mains libres pour occuper dans les mois qui suivent Singapour, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, l’Indonésie et pousser jusqu’en Océanie mais son avance est stoppée dés juin 1942 à la bataille de Midway. Les États-Unis mettent vite en marche leur énorme potentiel industriel et militaire et, épaulés par les armées britanniques et néerlandaises, libèrent progressivement l’ensemble des territoires conquis au prix de furieux combats. Au printemps 1945, le débarquement américain à Okinawa marque le début de l’invasion du territoire japonais. La situation du pays est alors désastreuse : villes ravagées par les bombardements, économie ruinée, forces aériennes et navales presque entièrement détruites … Mais les militaires continuent à s’acharner à résister notamment par l’emploi des avions-suicides kamikazes. Il faut en août 1945 les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki et la déclaration de guerre soviétique au Japon pour que l’empereur Hiro-Hito accepte la capitulation, signée en septembre 1945.

Massacres de masse des civils, esclavage sexuel, travail forcé, expériences médicales sur des cobayes humains, utilisation d’armes chimiques …. Les atrocités japonaises des années 30 et 40 sont responsables de dizaines de millions de morts et ont dépassées dans certains domaines les atrocités allemandes en Europe.

Le Japon depuis 1945

OdaibaNight

De 1945 à 1952, les Américains qui occupent et administrent le Japon y imposent des changements radicaux : abandon des territoires conquis depuis l’époque Meiji, démilitarisation, démantèlement des grands groupes industriels, nouvelle constitution installant le suffrage universel dans laquelle l’empereur renonce à toutes ses prérogatives politiques et où le Japon renonce à désormais faire la guerre, jugement des criminels de guerre, nouveau code civil installant l’égalité hommes-femmes … Même après 1952, les États-Unis maintiennent une présence militaire importante et continuent à occuper et administrer directement l’archipel des Ryukyu jusqu’en 1972.

En même temps l’oncle Sam veut faire de l’ancien ennemi un allié face à l’URSS, la Chine et la Corée du Nord communistes d’où la signature en 1951 du traité de San Francisco. Résultat : des criminels de guerre présumés échappent à la justice, des litiges frontaliers avec certains pays voisins du Japon ne sont pas réglés et les réparations aux pays victimes des agressions japonaises sont limitées. Ceci a donné et donne encore l’impression dans certains pays d’Asie que le Japon ne regrettait pas son passé militariste.

En out cas, démilitarisé, ayant perdu toutes ses conquêtes et n’ayant plus aucune influence géopolitique, le Japon se consacre à sa reconstruction et connaît une croissance économique soutenue à partir des années 1950. On a parlé de miracle économique ou de prospérité créée artificiellement à grands coups de dollars américains. Cette nouvelle prospérité du Japon n’était pas plus anormale que celle de l’Allemagne à la même époque : comme l’Allemagne, le Japon était déjà une puissance économique importante avant la Seconde Guerre Mondiale. La défaite de 1945 a fait que tout le savoir-faire et les capitaux utilisés dans le secteur militaire se sont désormais investis dans l’industrie civile. A joué peut-être aussi l’habitude des Japonais à subir des catastrophes naturelles parfois très graves comme séismes ou tsunamis qui a fait qu’ils se sont vite retroussés les manches.

Le pays devient un leader mondial dans des domaines comme l’électronique grand public ou l’automobile et son PIB devient le deuxième du monde en 1968. Toutefois la présence américaine n’est pas bien vue par toute la population et de grosses manifestations antiaméricaines ont lieu dans les années 50 et 60.

Le Japon se redresse très vite du choc pétrolier de 1973 et le premier ministre Nakasone met en place dans les années 80 une politique économique libérale inspirée de celles menées au même moment par Reagan et Thatcher. La croissance économique soutenue depuis les années 1950 se maintient pendant toute cette période, le Japon investissant massivement dans les hautes technologies et donnant l’impression de pouvoir dépasser un jour la puissance économique américaine. Le pays devient en Europe un modèle de croissance dont s’inspirent – ou au moins prétendent – les méthodes de gestion d’entreprise : flux tendus, zéro défaut….

Retour à la réalité en 1991avec une forte récession suivie depuis par des difficultés économiques persistantes : croissance faible, endettement public énorme, rétrogradation du PIB japonais de la deuxième à la troisième place mondiale en 2010 …. La précarisation croissante d’une grande partie de la population qui en résulte, la faible fécondité et le vieillissement de la population, la concurrence de la Corée du Sud dans des secteurs économiques où le Japon avait acquis un leadership dans les an nées 60 … tout ça fait planer de grosses inquiétudes sur l’avenir et a pu faire parler de déclin irrémédiable voire de décomposition du Japon. Un peu vite car le pays garde et renforce même des atouts économiques importants.

On voit en même temps le recul du pacifisme hérité de la défaite de 1945 : reconstitution d’une force militaire importante avec le septième budget mondial de la Défense en 2011, la quatrième flotte militaire du monde en 2012, l’implantation en 2011 d’une base militaire permanente au large de la Somalie, le vote de traités bilatéraux de coopération militaire, le projet d’annulation du caractère pacifiste de la constitution … Ceci sur fond de tensions persistantes voire croissantes avec la Chine et la Corée du Sud et le retour d’un discours nationaliste dans une partie de la classe politique.

En même temps, le Japon exerce un attrait croissant dans le monde via l’export de sa culture populaire : mangas, gastronomie, films d’animation, culture dite Kawaïï …. Conséquences : une industrie touristique croissante et une image à l’international qui est une des plus positives du monde.

Aujourd’hui comme par le passé, le Japon est en transformation.

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