Carte des rivalités territoriales entre le Japon et les pays voisins

Les rivalités territoriales entre le Japon et ses voisins

Plusieurs îles à la souveraineté contestée empoisonnent depuis longtemps les relations du Japon avec ses voisins russes, sud-coréens, chinois et taïwanais.

Le premier de ces conflits concerne la Russie et porte sur les îles Kouriles, à l’extrême Nord du Japon. À l’origine peuplées d’Aïnous, elles furent colonisées par les Japonais et annexées au Japon à l’époque de Edo. L’URSS profita de la défaite japonaise de 1945 pour envahir ces îles et les annexer, tout comme elle annexait en même temps d’importants territoires en Europe. Les 17 000 Japonais habitant les Kouriles furent expulsés et remplacés par des colons soviétiques. Le traité de San Francisco confirma que le Japon renonçait à ces territoires mais ce dernier affirma que les îles Shikotan et Habonai ne faisaient pas partie des Kouriles. Des négociations lançées en 1956 sur la question des Kouriles entre le Japon et l’URSS n’aboutirent pas. La question est restée depuis en stand by et empêche encore la signature d’un traité de paix entre les deux pays.

Les problèmes des îles Takeshima avec la Corée du Sud et des îles Senkaku avec la Chine et avec Taïwan sont assez similaires entre eux : jamais habités car inhabitables, ces archipels furent rattachés au Japon au moment des conquêtes militaires et des annexions de la COrée et de Taïwan à l’époque Meiji. Ils auraient dus être en théorie restitués à la Corée et à la Chine après la défaite japonaise de 1945 mais le traité de paix de San Francisco de 1951 resta flou sur leur statut. Car entretemps la révolution maoïste chinoise de 1949 et la guerre de Corée à partir de 1950 faisaient craindre que ces archipels passent sous contrôle communiste : mieux valait pour les Américains les laisser au Japon.

La Corée du Sud refusa le maintien des îles Takeshima – Tokdo en coréen – sous administration nippone et y installa dans les années 50 une garnison de garde-côtes après des échanges armés avec la marine japonaise. Le Japon a depuis toujours continué à revendiquer les îles Takeshima et ces revendications sont devenues plus pressantes à partir des années 2000, d’où des tensions politiques parfois fortes entre les deux pays et un important sentiment nationaliste antijaponais en Corée. Quoique fin 2015 a pu laisser espérer un retour au calme entre les deux pays .

Les îles Senkaku – Diaoyutai en chinois – restèrent elles comme Okinawa sous occupation américaine jusqu’en 1972 et comme Okinawa furent à cette date restituées au Japon ce que ni la Chine ni Taïwan n’acceptèrent, chacun de ces pays les revendiquant pour son compte. Des incidents ont lieu régulièrement depuis les années 70, avec incursions de militants nationalistes, de garde-côtes, manifestations ….. La nationalisation des Senkaku par le gouvernement japonais en 2012 n’a pas calmé les esprits, cette année étant marquée par des manifestations et violences antijaponaises en Chine.

Ces rivalités territoriales sont exacerbées par l’intérêt économique de ces îlots : depuis la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1994 les États peuvent établir une zone économique exclusive – appelée ZEE – jusqu’à deux cent milles marins depuis leurs côtes. La possession d’un îlot, même minuscule et inhabitable donne donc accès à de grosses ressources en pêche ainsi qu’en énergies et matières premières des fonds marins. Or les alentours des îles Takeshima et Senkaku recèleraient des gisements d’hydrate de méthane et de pétrole : le Japon, la Chine, la Corée et Taïwan étant importateurs d’énergie, la possession de ces îlots est un gros enjeu économique.

Enjeu aussi stratégique : ces trois groupes d’îles se trouvent sur des routes maritimes très fréquentées et sont autant d’enjeu de sécurité. C’est surtout le cas des Kouriles, qui permettent à la Russie de contrôler les accès à la mer d’Okhotsk et fournissent à sa marine un accès au Pacifique plus facile que depuis Vladivostok.

Ces îles ont aussi un gros enjeu politique et symbolique : pour la Russie, rendre les Kouriles au Japon amènerait automatiquement une remise en cause des annexions faites en 1945 par l’URSS sur la Finlande, l’Allemagne et la Pologne. Le problème des crimes de guerre japonais des années 30 et 40 n’a pas été réglé, certains pays d’Asie de l’Est affirmant que le Japon n’a pas fait son mea culpa sur cette période. La revendication des îles Takeshima et Senkaku par le Japon peut être vue en Chine et en Corée comme une façon indirecte pour ce pays de se vanter de son passé militariste. A l’inverse, ce soi-disant nationalisme japonais peut aussi être exploité par le gouvernement chinois pour faire oublier et les crimes qu’il a commis sur sa propre population et les problèmes internes de la Chine. Je parle de la Chine car ce pays a en effet des conflits territoriaux avec l’Inde, la Corée du Nord, beaucoup de pays de l’Asie du Sud et ne reconnaît pas l’indépendance de Taïwan.

Si il y a un pays d’Asie de l’Est qui a des problèmes territoriaux avec ses voisins, c’est bien plus la Chine que le Japon. Ceci a d’ailleurs permis récemment un rapprochement politique et militaire entre le Japon, les Philippines et l’Inde.

Les problèmes territoriaux du Japon avec la Chine, la Corée et Taïwan n’empêchent pas les échanges économiques entre ces différents pays et ils n’empêchent pas non plus les touristes coréens et chinois d’être de plus en plus nombreux au Japon chaque année : ne croyez donc pas que le Japon est en guerre froide avec les pays voisins. Mais ces rivalités territoriales compliquent les relations politiques et risquent de les compliquer encore longtemps.

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